« Le conseiller aux États Noser nous met en garde contre les coûts considérables qu’engendrerait l’initiative populaire « Sortir du Nucléaire »»

Ruedi Noser, conseiller aux États du canton de Zurich, membre du Comité d’Energy for Humanity, est contre l'initiative populaire « Sortir du Nucléaire » des Verts. Au cours de son entrevue, M. Noser se prononce sur les raisons qui expliquent pourquoi les électeurs suisses seraient avisés de voter NON le 27 novembre prochain : NON à une sécurité d'approvisionnement amoindrie et NON aux coûts élevés. Dans ses propos, il rappelle aussi l’importance de baser son vote sur la raison plutôt que l’émotion.

Aux dires des sondages réalisés au cours des dernières semaines, il semblerait que les Suisses soient en faveur d’une sortie du nucléaire - comment expliquez-vous cela?
Ce résultat ne me surprend pas. Cependant, cela sous-tend que nous ne sommes pas encore parvenus à démontrer que nous avons déjà statué, par l’intermédiaire de la Stratégie Énergétique 2050, sur la sortie nucléaire. En effet, le 27 novembre prochain, les Suisses ne seront pas appelés à voter sur la sortie du nucléaire comme telle, mais plutôt sur l’échéancier de cette sortie. Je crois que les résultats desdits sondages indiquent avant tout que la population suisse veut sortir du nucléaire. Il demeure toutefois important de planifier cette sortie et de la coordonner de manière judicieuse. J'espère donc que les électeurs suisses agiront avec raison, plutôt qu’avec émotion, et voteront « non ».

Que voulez-vous dire par là?
Je peux comprendre que certains cherchent à relancer le débat et que d’autres craignent que la sortie du nucléaire ne soit pas assez rapide, d’un point de vue environnemental. Je peux aussi comprendre que les photos de Fukushima ou Tchernobyl restent toujours gravées dans de nombreux esprits. Malgré cela, nos sentiments à ces égards ne devraient pas nous guider dans notre choix. Il faut plutôt voter pour la solution politique correcte et raisonnable. L'initiative des Verts propose de fermer, dès l'an prochain, trois de nos centrales nucléaires. Cette sortie chaotique et non planifiée est dangereuse pour nous. Les objectifs et le plan de sortie progressif prévus par la Stratégie Énergétique 2050 sont déjà ambitieux. Envisager une sortie rapide, tel que le propose l’initiative des Verts, serait dangereux.

Quel est, selon vous, le plus grand danger?
Les coûts colossaux et les contrecoups économiques que cette initiative engendrerait sont présentement minimisés. On prévoit déjà que la mise en place de la Stratégie Énergétique 2050 entraînera des coûts atteignant les milliards de francs, notamment en raison d’une utilisation accrue des centrales alimentées au gaz, lesquelles émettent beaucoup de CO2, ainsi que des subventions. Le DETEC prévoit des coûts supplémentaires de l'ordre de 30 milliards de francs d’ici 2050. Or, une sortie prématurée du nucléaire rendrait l’utilisation de centrales au gaz encore plus nécessaire. Les coûts augmenteront. Le contribuable sera appelé à assumer la facture et davantage d’investissements devront être trouvés. Au lieu de discuter des effets d’une sortie prématurée du nucléaire, tout le monde rêve d'une Suisse qui s’approvisionne en électricité exclusivement à partir d’énergies renouvelables. « Nous devons faire pression ! Nous pouvons le faire », se disent-ils. Cette attitude est dangereuse et négligente. Nous devons être conscients des conséquences qui résulteraient de la victoire du « oui ». Il est tout à fait illusoire de se priver d’une telle capacité de production d’électricité dans un délai d’un an. Aujourd'hui, cela prend quelques décennies avant que les réseaux électriques nécessaires soient construits ou que de nouvelles centrales hydroélectriques et éoliennes soient raccordées au réseau.

Quel est l'avantage de la Stratégie Énergétique de 2050 que vous envisagez par opposition à l'initiative populaire « Sortir du Nucléaire »?
Elle est planifiée et soutenue par différents scénarios. En outre, la Stratégie Énergétique 2050 est soutenue de gauche à droite. Elle n’est donc pas basée sur une idéologie. La transformation de notre approvisionnement en électricité est nécessaire. Ceci étant dit, elle doit être viable pour la population et pour les entreprises. Un approvisionnement garanti en électricité est essentiel pour nous tous. Avec l'initiative « Sortir du Nucléaire », nous mettons en péril cette sécurité d'approvisionnement.

Que reste-t-il à faire avant le jour du scrutin du 27 novembre prochain?
Ce qui doit toujours être fait lorsqu’une proposition est votée: convaincre, convaincre, convaincre. Il faut aussi veiller à ce que chacun, de sa propre initiative, dépose un « non » dans l'urne. Nous avons encore le temps de protéger la Suisse contre les conséquences coûteuses et dangereuses qu’engendrerait la mise en place d'une hypothèse.